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Interview du magazine allemand Groove
Octobre 2001 - Groove (Allemagne).
Interview par Heiko Hoffmann.
© Groove, 2001 - www.groove.de
Traduction Anglais/Allemand : Connie Lösch.
Traduction Allemand/Français © Thomas Van Hoecke, 2001.
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Prendre contact avec Richard James ne se fait pas simplement.
Plus exactement : communiquer de manière rapide avec Richard
James est presque impossible. Il ne possède pas de portable et
le téléphone qui se trouve dans sa maison dans le quartier sud
Londonien d’Elephant & Castle (James vit depuis trois ans
dans un ancien bâtiment de banque. Au premier étage habite
l'artiste de Rephlex, Cylob ; au deuxième, un autre
musicien avec qui il s’est lié d'amitié et les trois étages
supérieurs sont le royaume de Richard), il a exilé son répondeur
téléphonique dans la cave. "Depuis, plus personne ne
m'appelle. J'écoute les messages tous les cinq jours. La seule
personne qui parle encore à cette machine est ma mère",
raconte Richard James. La manière la plus sûre pour convenir,
par exemple, d'une date d'interview est l’e-mail. Mais il vérifie
celui-ci seulement s'il est chez lui ou aux bureaux de son label
Rephlex qui disposent d'un raccord ADSL. En plus,
l’organisation de l'interview se règle via des messages SMS
avec son amie Joanna Seguro, une ancienne attachée de presse de
Warp qui avait organisé la soirée dans la cour du Victoria and
Albert Museum avec Rephlex, Schematic et des artistes de VV/M où
le set d'Aphex Twin a littéralement écrasé le public (parmi
lequel figuraient les membres d'Autechre et Ladytron).
Depuis la publication de l’album "Richard D. James"
il y a cinq ans, Richard s’est fait plutôt rare au niveau des
interviews. Pour l'anniversaire de son label, Rephlex, quelques
mois auparavant, il a donné en compagnie de Grant
Wilson-Claridge (le co-fondateur de Rephlex) une poignée
d'interview à la condition qu’on n'y évoque pas sa propre
musique. Pour la sortie du double album "Drukqs" chez
Warp, il n’a accepté que trois jours de promo pour
l’ensemble de la presse internationale ! Les entretiens
ont lieu chez un Italien bon marché dans un centre commercial
près de chez James. Bien que l'interview représente qu'une
concession supplémentaire à Warp Records pour Richard James,
celui-ci se révèle extrêmement communicatif. Après environ
trois heures d’entretien, il s'excuse : "Maintenant,
je dois partir. J'ai promis à mon amie d'aller avec elle au
jardin botanique…".
Tu
habites encore tout près d’ici, dans cet ancien bâtiment de
banque ?
Oui, c'est une quartier sympa. Je me plais ici. Plus bas, c'est
beaucoup plus trendy, du coup j'ai déménagé par ici. Il n'y a
pas de jeunes, je ne suis jamais reconnu ici. Je crois qu’en
cinq ans on m’a reconnu deux fois. Où mon amie habite, à
East-End, c’est devenu très branché, les gens passent
continuellement chez toi. Du genre : "Ah, tu habites dans
un quartier cool, on va passer te rendre visite." Ici,
c’est plutôt : "Ah, tu habites là ! On n’y va
jamais."
Pourtant le club Ministry Of Sound est juste à côté.
Oui, la file d'attente est assez long, elle vient jusque ma
maison. Parfois, avec mes amis, je jette des bombes à eau sur
les gens qui s’y trouvent. Je le fais régulièrement, bien
que la dernière fois remonte déjà à trois mois. Je fais ça
du toit. C'est la classe parce que personne ne sait d'où ça
vient. Il fait vraiment sombre et on peut bien se cacher. J'ai
aussi une bonne vidéo de mes amis dans ces costume d’ours en
peluche que j'avais avant. Un jour, ils sont allés en bas dans
la queue simplement dans ces costumes et ils ont emmerdé les
gens. Un ami à moi, Damon de Rephlex, l'a filmé en vidéo. Il
a filmé quasiment tout pendant trois ou quatre ans. Il traîne.
Ce n'est même pas un bon cinéaste. Il ne filme jamais les
bonnes choses. Mais parce qu'il a sa caméra depuis longtemps déjà
et qu'il prend tout, il a un tas de trucs intéressants, filmés
simplement par erreur. Il a tout ce matériel impressionnant sur
Rephlex et nous lui disons toujours qu'il doit en faire un vidéo.
Il a 150 cassettes et cela durerait presque trois ans de tout
regarder.
Hier
soir, tu as fait une fête au Victoria and Albert Museum. Ton
set sonnait comme une leçon d'histoire sur le breakbeat de ces
dix dernières années - cela allait du Happy Hardcore à la
Jungle en passant par la Drum'n'Bass et aussi tes propres
morceaux.
Je voulais mettre de la musique de rave agressive parce que cela
avait lieu dans un musée. Cela aurait été facile de
simplement mettre de la musique classe, mais je pensais que c’était
plus drôle de passer des trucs hardcore.
Fais-tu
des sets différents en fonction des diverses occasions ?
J'ai une quantité de sets différents. Bien que je n'ai pas joué
d’ambient ou d’autres trucs plus singuliers depuis une éternité.
J’utilise beaucoup mon portable et ça permet beaucoup de
choses. C'est le plus souvent un pêle-mêle de musique passée
en DJ et de trucs live. Mais personne ne remarque que je joue en
direct parce que je ne le dis jamais vraiment. Je fais ça déjà
depuis environ un an et demi maintenant. Si on dit qu’on joue
en live, alors c'est plutôt comme un concert et les gens
viennent, se tourne vers moi et regardent. Mais si on dit qu'on
mixe, tout le monde bouge et danse.
Je
me souviens que tu as joué au festival Sonar de Barcelone cette
année un set plutôt Hardcore Gabba.
Ça dépend de l'endroit et de l’humeur dans laquelle je suis.
Si l'endroit est plus danse, comme dans des raves immenses,
alors je passe plutôt de la musique brutale et rapide. Beaucoup
de gens sont sous drogue et, du coup, ils essaient de danser sur
cette musique. Je trouve ça amusant. Aujourd'hui dans les
clubs, beaucoup de gens se contente de me regarder. Ils viennent
devant moi et regardent fixement, ils ne sourient même pas. Et
on a l'impression qu’on joue seulement devant cinq personne
parce qu'on ne peut pas voir les gens derrière. Alors parfois,
je ne passe que du bruit pour les faire chier. Avant d’être
assez connu, je faisais volontiers des sets au milieu du
dancefloor. Les gens dansaient simplement, sans vraiment faire
attention à moi. Quand tu es connu, tous se contentent de te
regarder et ça ne fonctionne pas.
Tu
mixes apparemment plus ces derniers temps.
Oui, c’est vrai maintenant. Parce que les morceaux que j'ai
fait ces derniers temps sont vraiment destinés au dancefloor.
Le fait de mixer me fait de nouveau plaisir. Cela ne l'a pas
fait pendant une éternité. Si on a fait un morceau, c’est
fantastique de pouvoir le passer le lendemain et de voir si il
fonctionne.
L’année
dernière, ta musique passait sur une vidéo de Chris Cunningham
à la Royal Academy à Londres. Hier, tu as mixé au Victoria
and Albert Museum et en octobre, un certain "Prichard G.
Jams" est annoncé à Barbican dans le cadre du Festival
Stockhausen. Ca te fait plaisir que ta musique soit jouée dans
des endroits traditionnellement de haute culture ?
Je
ne prend aucune décision consciente de jouer dans tel ou tel
endroit. Je jouerais aussi bien dans quelques clubs merdique. Je
fais le truc de Stockhausen parce que ce sera probablement l'une
de ses dernières scènes et je voulais avoir en principe
seulement des places. Il a joué en live quelques fois ces
derniers temps, mais seulement des choses nouvelles que je
n’aime pas. Mais cette fois, il joue ses premières trois
morceaux électroniques. Certains musiciens qui ont commencé
dans la misère et on passé leur vie en restant underground,
jouent soudainement au London Concert Venue de South Bank. Je
trouve ça simplement stupide.
Il
parait que tu joues aussi chez des gens, dans leur salon.
Oui, j'ai joué pour des gens chez eux. Le dernier mois, j'ai reçu
un e-mail d'un type qui disait : "ma grand-mère est morte
et j'ai hérité d’une grosse quantité d'argent." Nous
avons trouvé ça cool et on a pris un immense car de tournée.
C’est excellent : un mélange d’amis et quelques personnes
de la rue. Je joue aussi bientôt dans une réception de mariage
et, récemment, une fille m'a demandé si je voulais jouer du
Gabba pour une fête à l'occasion de son examen d’ Histoire
de l'Art. J’ai dit : "Oui, absolument!". Si c'est à
Londres et que j'ai le temps en plus, je le fais volontiers.
Jouerais-tu
aussi ici dans ce restaurant si ils te le demandaient ?
Oui, tout à fait.
Qu’est
ce qui te plaît dans le style Gabba ?
J’aime beaucoup les trucs agressifs. Mais n’aime pas quand
c'est complètement déformé. J’aime l'agressivité contrôlée.
Je trouve que c'est beaucoup plus efficace. Si tu te sers
seulement du réglage de puissance sur une table de mixage,
c’est vraiment épouvantable. Mais si c’est comme le nouveau
truc de Squarepusher, je trouve ça très efficace parce qu'il
est totalement précis. Ce n'est pas du tout distordu, c'est
complètement carré. Ca a une beaucoup plus grande intensité.
On peut sentir l'esprit, la motivation qu’il y a derrière et
c'est beaucoup plus brutal. C'est la différence entre un SDF
qui devient fou dans un centre commercial, sort son couteau et
plante les gens au hasard et un tueur en série qui calcule
froidement. Le tueur en série inspire beaucoup plus la crainte.
Que
signifie Warp Records pour toi aujourd'hui ?
(Rires). Pas grand chose. La différence entre eux et
n’importe quelle autre maison de disques devient de plus en
plus petite, c’est pour ça que je ne sortirai plus aucun
disque chez Warp.
Il
n’y a aucune liaison personnelle entre toi et les gens qui
travaillent là-bas ?
Pas vraiment. Je connais les gens les plus importants qui y
travaillent, c’est tout. Je m'étais plus lié d'amitié avec
Rob (Mitchell, fondateur de Warp) mais maintenant il est très
malade et ne dirige plus Warp en principe. J’aime bien Steve
(Beckett, cofondateur de Warp), mais ce n’est pas un ami
intime.
Pourquoi
alors publies-tu ton nouveau double album "Drukqs"
chez Warp ?
Ah, c'est une bonne question. Je suis obligé par contrat à
sortir celui ci chez eux. Je n’ai aucun problème avec eux.
Simultanément, Squarepusher et moi démarrons notre propre
label. J'ai fait les remixes ("2 Remixes by AFX", MEN
1). C'est notre première sortie.
Ce
nouveau label est-il un sous-label de Rephlex ?
Non, c'est seulement Tom (Jenkinson, Squarepusher) et moi.
Cependant, Rephlex aidera pour certaines choses. Mais dans
l'ensemble, c'est géré par Tom et moi.
Pourquoi
veux-tu encore un label ?
Principalement parce que Tom a un véritable problème avec le
fait d'être sur un label avec d’autres artistes qu'il déteste.
Il déteste tout sur Warp. Il aime seulement les vieux trucs.
LFO est probablement le dernier disque qu'il ait aimé (rires).
Il ne veut pas côtoyer tous les autres. Ca ne me fait rien à
moi d'être sur un label sur lequel il y a des merdes. Je
n’aime pas non plus la musique de Warp. Et pour moi, il est
clair qu'ils profitent de ce qu'on fait. Du style : "Oh,
nous sommes chez Warp !", et les gens apprennent ça et achètent
leurs disques. Cependant, cela ne me dérange pas autant que
Tom. Mais c’est un bon ami et je comprends ce qu'il ressent.
Nous le ferons donc mieux nous-mêmes. Si ça ne tenait qu’à
moi, "Drukqs" serait chez Rephlex mais je suis obligé
contractuellement de le donner à Warp.
Quand
tu as commencé à travailler avec Warp, as-tu signé un contrat
de plus de six albums ?
J'aurais encore dû leur donner deux ou trois albums, je ne me
souviens plus. Avant de leur donner cet album, je leur ai dit :
"je fais encore cet album chez vous mais vous devez me
laisser partir après ça." (Rires) Je pensais qu’ ils
diraient simplement : "Ca n'entre pas en ligne de compte.
On te colle un procès !"
Comment
ça s’est passé ?
Je ne leur ai donné aucun album pendant environ trois ans. Je
leur ai dit : "OK, je vous fait un double album, mais vous
devez me laisser monter mon propre label après". Et ils
ont simplement dit oui. J’ai essayé la même chose chez
Warner Brothers (la maison de disques d'Aphex Twin aux USA et au
Japon), mais ils n'étaient pas à si facile à convaincre.
J'avais en vue : "Je veux utiliser Aphex Twin chez
Rephlex". Et ils ont dit seulement : "En aucun cas,
nous t'avons acheté, tu nous appartiens." Les discussions
ont continué. J’ai dit : "Si vous ne acceptez pas, je ne
vous donne plus rien."Et alors, ils ont dit : "Alors
nous ne recevrons rien. Et bien OK."Je peux utiliser le nom
AFX sur Rephlex, donc j'y aurai tout simplement recours.
Le
nom Aphex Twin est-il important pour toi ?
Par principe déjà. Naturellement, je pourrais utiliser
d'autres noms mais je voulais faire d’Aphex Twin un truc expérimental.
Parmi les gens qui vont acheter l'album, je suppose qu'en grande
partie, ils ne seront pas dans mon trip. J'aime l'idée qu'ils
achètent quelque chose de très expérimental.
Les
30 morceaux de "Drukqs" sont déjà disponibles sur
Internet. Ca te cause des soucis ?
Je crois
qu’Internet peut seulement faire du bien à la chose. Si
certaines personnes téléchargent et que ça leur plait, cela
créera un bouche à oreille. Je pense que ça en fait sûrement
vendre plus.
Tu
as dit un jour que le nombre de disques que tu vendais t’était
égal.
Ouais mais je voudrais que celui ci ce vende bien. C’est la
dernière fois que Warp s’occupe de la promo. Je veux encore
en profiter une dernière fois.
OK,
tu veux vendre autant de disques que possible, mais tu ne veux
publier aucun single, il n'y aura, peut-être, aucun clip, tu ne
veux pas qu’on prenne des photos de toi, tu donnes
universellement seulement trois jours d’interviews et tu ne
fais pas de tournée. Comprends-tu le sens du mot promotion ?
(Rire) J'ai fait quelques compromis. Le CD se trouve simplement
dans une boite normale, et il ne sera pas cher. Si ça n'avait
tenu qu’à moi, il serait dans un digipack correctement présenté.
Mais cela coûterait un peu plus et on perdrait de l'argent. En
plus, si ça ne tenait qu’à moi, je ne donnerais aucune
interview, je ne ferais aucune scène de promotion. Mais je fais
tout et je prend sur moi, je fais un effort.
En
plus de l'album, un nouveau single est-il prévu ?
Je réfléchis au fait de faire un single particulier avec une
vidéo de Cunningham. Mais il est probable que je ne le fasse
pas. Ou alors au plus tôt dans six mois. Ca m'a vraiment fait
plaisir de travailler avec Chris (Cunningham, réalisateur) sur
"Come to Daddy" et "Windowlicker" et je le
ferai volontiers de nouveau. Mais les gens de Warp veulent
seulement le faire parce qu'ils ont des dollars pleins les yeux.
Mais j'ai une vraiment bonne idée pour un morceau qui plairait
à Chris.
Pourquoi
fais-tu des compromis ?
Parce que c'est la dernière fois. Pour le prochain, je ne
devrai rien faire du tout. Donc je peux aussi bien en faire un
peu. L'autre raison est que je crois que je vais atteindre le
maximum du public avec cet album dont je suis content. Alors, je
peux sortir un peu pour toutes les années où je ne vais plus
faire aucune promo.
Ne
penses-tu pas que tu te trouvais déjà dans cette situation
depuis la sortie de "Windowlicker" il y a deux ans ?
Oui, peut-être. Mais je crois simplement que cela a encore
besoin d'un petit rien. Encore une petite poussée.
Pourquoi
l'album sort-t-il maintenant, cinq ans après ton dernier album
"Richard D. James" ?
La raison (rires) est que j'ai perdu l'un de ces baladeurs Mp3
et que j'avais dedans 282 morceaux de moi inédits et 80 autres
inédits de Squarepusher ! Je l'ai oublié dans un avion. J'étais
avec Grant (Wilson-Claridge, cofondateur de Rephlex) sur un vol
vers l’Ecosse, en route pour un show, il y a à peu près
quatre mois. J'avais eu le lecteur Mp3 environ six mois avant.
Grant s'est moqué de moi et a dit : "Tu n’a pas peur, tu
risques de le perdre ?", et j’ai répondu : "Je ne
le perdrai jamais !". Et cinq minutes plus tard, je l'ai
oublié dans l'avion.
Tu
n'avais aucune copie de la musique sur disque dur ?
Je n'ai rien perdu du tout. J'ai les copies. Je crois que je me
serais suicidé si j'avais perdu des masters. Depuis ce jour là,
je regarde avec attention sur Internet. Je pensais qu’ils
apparaîtraient quelque part environ cinq minutes plus tard.
J'avais écrit "Aphex Twin - Unreleased Tracks" !
(Rires). S'ils avaient commencé à mettre les morceaux sur le
net, ils auraient eu ma visite n’importe où dans le monde et
j'aurais récupéré mon bordel. Mais, il a été sûrement récupéré
par une des hôtesses de l'avion du genre qui écoute Bryan
Adam. Ca a probablement été simplement effacé. Si un fan
l’avait trouvé, ça ne m’aurait rien fait. Ca aurait été
un beau cadeau. Ca m'aurait plu tant qu'il ne le mette pas sur
le net et ruinent mes bénéfices pour les dix prochaines années.
Je l'ai raconté à Tom (Jenkinson) rapidement au téléphone,
mais je crois qu’il ne m'a pas écouté (rire). Je voulais
sortir autant de morceaux que possible, le plus vite possible.
Je voulais en principe sortir quatre CD mais ça aurait été
une tuerie, ça aurait été trop de travail. Un double CD
c’est déjà gros - simplement avec tout l'artwork, le
mastering, la distribution…
"Richard
D. James" était un peu plus long qu'une demi-heure. Quand
il est sorti, tu as dit que "de toute façon personne n'écoute
plus longtemps qu'une demi-heure".
(Rire) Oui, mais à ce moment là il n'y avait encore aucun Mp3
et je ne savais pas que je posséderai un appareil sur lequel
tous mes morceaux tiendraient, et que je le perdrais.
Crois
tu que les gens peuvent appréhender facilement un double CD de
toi ?
Tu pourrais tout écouter en une fois mais je crois qu’à la
fin, tu serais mort.
C’est
donc l'unique raison pour laquelle tu sors maintenant un album.
Tu veux publier officiellement autant de morceaux possibles
avant qu'ils fassent non officiellement le tour du monde ?
Oui, c’est un peu ça.
Pourquoi
cela t’embêterait que quelqu'un mette un de tes morceaux inédits
sur le net ?
Parce que je ne pourrais pas gagner d'argent avec.
Pourquoi
ça te générait de ne pas gagner d'argent avec ?
Parce que c'est l'unique raison pour laquelle je sors de la
musique.
Tu
avais déjà pensé auparavant à un cassette DAT avec quatre
heures de ta musique gratuite sans copyright. Penses-tu
autrement maintenant ?
(rires) Oui, c’est déjà un peu contradictoire, je crois.
(...) Si j'ai dit que je voulais publier une DAT avec quatre
heures c’est en pensant à des morceaux plus vieux que je ne
publierai jamais sur un album. Dans ce cas, cela m'aurait été
égal, mais ceux que j'ai perdu étaient tous nouveaux, aucuns
d’eux ne datait de plus de deux ans.
Mixmaster
Morris t'a raconté récemment qu'il a trouvé un CD pour deux
livres à Moscou avec tous tes morceaux en fichiers MP3.
Cela devient même encore plus idiot. On pourra recevoir un DVD
avec des fichiers MP3 de l’electronica de 95 à 2000 ... ou
presque. On peut mettre probablement 100 albums sur un DVD. On
pourrait mettre le catalogue de Warp ou Rephlex sur un unique
DVD.
Les
morceaux qui figurent sur l'album sonnent-ils "récent"
pour tes oreilles ?
En principe non.
Plusieurs d’eux sonnent assez old-school, je suppose. J'ai
fait une quantité de morceaux qui poursuivent, vraiment, un
nouveau style et qui ne sonnent absolument comme aucun autre.
Mais je ne voulais pas publier ceux là. J'ai compris que si on
sort quelque chose dans lequel se trouvent des nouvelles idées,
tout le monde se met vite à vous imiter et ça devient vite très
vieux. Mais si on fait les choses avec un style plus ancien, on
sait comment elles vont vieillir. J'ai déjà fait des morceaux
qui étaient complètement novateurs et ils ont été pompés à
tout va par beaucoup de monde, et ça pourrit l’histoire.
Auparavant,
si un nouvel album d’Aphex Twin sortait, on ne pouvait se fier
à rien et on était toujours surpris. Du moins, c’était
ainsi jusqu'à "Richard D. James". Si on avait acheté
le maxi "Hangable Autobulb" avant, on pouvait se faire
une idée du son de"Richard D. James". Pour
"Drukqs", il semble s'agir avant tout du même son.
D'une
certaine manière c’est vrai. Mais ce n'est pas réellement le
même qu’avant. Le style était déjà là, mais pas la
profondeur. Je n'ai encore jamais fait quelque chose d’aussi
riche en détails. Ici, il y a environ cent fois plus de détails
que sur les disques plus anciens. Il y a, peut-être, seulement
un morceau, le numéro sept sur le premier CD
("Bbydhyonchord"), qui est un peu différent, une
autre sorte de beat. Et j'ai fait une montagne de trucs de ce
style mais je ne veux pas les publier simplement.
De
quand datent les morceaux de l'album ?
Cela va de sept à huit ans jusqu'à quelques mois. Mais la
plupart sont nouveaux. Le dernier que j'ai fait est aussi le
dernier sur l'album, "Nanou2".
Sur
la couverture de "Drukqs" une photo montre de l'intérieur
d'un piano. Et sur l'album figurent aussi quelques morceaux de
piano.
J'aime les pianos depuis que je suis tout petit. Il y a un an et
demi, j'ai acheté un nouveau piano, c'en est un avec un contrôleur
midi Yamaha. C'est l'un de ces pianos qu'on voit parfois dans
les hôtels sur lesquels les touches jouent toutes seules. En
principe, je veux en avoir quatre qu'on peut connecter ensemble
pour les shows en live.
C'est
la première fois que tu as utilisé des sons de piano sur un
disque ?
Oui, je n'ai fait aucun morceau de piano auparavant. J'ai pensé
au début garder le piano encore quelques années pour qu’il
ait un son plus mûr. Mais je suis du genre à me dépêcher et
c'est la première tentative.
Quelques-uns
des morceaux sonnent très simplement, sur les autres, tu
sembles avoir trafiqué le piano.
Oui. Beaucoup des morceaux sont modifiés. J'ai trituré les
cordes. J'utilise pour cela des vis, des clous et un peu de
caoutchouc. J'ai fait beaucoup de petites modifications pour
changer l'harmonique des cordes. Quand j'ai acheté le piano,
j'ai pensé que ça se casserait facilement si je commençais
directement à bricoler. C'était très cher. Donc j'ai composé
pendant un an les morceaux seulement avec le piano normal. Et un
an après, j'ai commencé à le bricoler. J'ai aussi fait
quelques trucs vraiment compliqués, comme des versions électroniques
qui sont complètement programmées. Mais je n’ai mis aucunes
de celles-ci sur l'album parce que je voulais faire simple
d'abord. Mes morceaux de piano préférés sont tout à fait
simples. Je n’aime pas quand ils sont surchargés. Satie, par
exemple, est mon compositeur préféré de piano. Ses morceaux
sont faussement simples, il n’y a jamais une note de trop.
Tu
as déjà joué pendant ton enfance avec un piano modifié. John
Cage (le compositeur classique qui était connu pour ses
morceaux avec piano modifié) t’a-t-il influencé ?
Je connais son œuvre et il est probable que j'ai eu des
nouvelles idées en l’entendant. Mais quand j'étais plus
jeune, je jouais déjà avec les sons des cordes de toutes façons.
Si on est curieux et quelqu'un vous offre un piano, c'est alors
tout à fait naturel de soulever le couvercle et de tripoter les
cordes. Ce n'est probablement pas une idée de John Cage. J’ai
écouté une grosse partie de ses œuvres de piano et je
n’aime pas tout. Il y a seulement un morceau qui est vraiment
beau mais je ne me souviens pas du titre. Mais le majorité des
morceaux sont seulement des oeuvres secondaires dans lesquelles
ne se trouve aucun sentiment.
Qui
signifie le titre de ton nouvel album "Drukqs" ?
Je laisse aux gens le soin d’y réfléchir. Mais pour moi, il
est important de dire que cela ne signifie pas
"drogue". Tous disent "Oh, ça veut dire
‘drugs' ou ‘drug use '" mais en fait ce n’est pas ça.
Cela signifie réellement quelque chose mais je ne veux pas
trahir le secret.
Et
les titres des morceaux ?
On arrive à ça. Certains avait déjà des titres quand j'ai écrit
les morceaux, d’autres n'avaient aucun titre et je les ai
trouvé plus tard. On peut aussi faire des morceaux sans mettre
de titre mais ça donne la migraine aux gens et ça pose problème
à la télévision, à la radio, aux maisons d'édition….
Ceux-ci sont énervés, et on ne gagne pas autant d'argent. Mais
je voulais qu'il soit impossible de prononcer les noms des
morceaux (rire).
Comment
as-tu choisi les morceaux qui sont sur l'album ?
Les gens me demandent toujours : "Pourquoi tu ne sors pas
tel ou tel morceau ?". Mais il faut environ une heure
pour passer un DAT - et j'ai des centaines de DAT. Et si j'en
passais seulement dix, j'aurai sûrement oublié quels morceaux
était bons. On ne peut pas tout retenir dans sa tête. C’est
donc impossible de composer un album. Je me contente de choisir
seulement une quantité déterminée de cassettes que je passe,
et de continuer comme ça. Mais je ne peux faire aucun
inventaire correct de toute ma musique.
L'ordre
des morceaux est-il important pour toi ?
Oui, il l’est. Et j'y ai passé une éternité. Je n'y
consacre normalement pas autant de temps mais cette fois oui.
C'est comme un voyage, un journal intime musical. C'est aussi
dans l'ordre d’événements personnels. Une morceau, par
exemple, qui est au
milieu "Mt Saint Michel + Saint Michaels mount", c'est
mon morceau de vacances d'été. Je l'ai fait sur mon portable
en France quand j’étais en voyage. J'ai fait d'autres
morceaux au Pays de Galles ou aussi dans une voiture.
Aujourd'hui, beaucoup de gens font ça et j’aime ça. Avec le
portable, la musique redevient de nouveau plus
accessible. On peut en faire si rapidement et on n'a besoin
d'aucun studio.
Cela
permet-il de saisir plus facilement des atmosphères déterminées
?
Oui, en tous cas mieux qu'avant. J'espère que ma musique est
devenue plus personnelle avec les années. Mais je pense que
c'est prédéterminé. On perd sa naïveté en prenant de l’âge
et en principe on ne peut pas revenir en arrière. Mais je crois
que je suis meilleur qu'avant pour m'exprimer à travers ma
musique.
Réussis-tu
à avoir de nouvelles idées ?
Oui, c'est vraiment simple.
Les
dernières influences extérieures évidentes sur ta musique
sont probablement le Breakbeat et la Jungle.
J'aime simplement ça. C’est vraiment efficace, ça vient des
débuts de la scène rave mais maintenant il n'y a plus personne
qui aime vraiment ça. La musique était comme un tour de manège
mais actuellement, personne ne semble encore en faire. Quelques
gens s’y essaient mais ceux-ci ne sont jamais aussi bons que
les anciens de la scène hardcore avec des gens qui étaient
sous exta. Je ne trouve plus depuis longtemps aucune musique
bien speed. J'écoute tranquillement de la musique sur Internet
avec des milliers de démos d’artistes non signés. La seule
personne que j'ai trouvée qui ait en quelque sorte cette énergie
est Bogdan (Raczynski, artiste de Rephlex). Mais il semble être
un peu désillusionné.
Tombes-tu
parmi les démos que tu reçois habituellement sur de la musique
intéressante ?
Non, réellement, on ne trouve jamais de la bonne musique comme
ça. La quantité de matériel que nous recevons est énorme en
général. Si je veux trouver du nouveau, je ne vais pas
chercher dans la boite postale de Rephlex. Les gens envoient
leurs sons à Rephlex parce qu'ils pensent que cela correspond
au label, mais ce n'est pas ce que je veux. C'est exactement le
contraire et je le dis toujours aux gens. Je trouve vraiment
beaucoup de bon son sous mp3.com. J’aimerais que tout le monde
utilise mp3.com, ça serait fantastique ! En principe, je
cherche seulement avec "sonne comme", je mets des noms
obscurs, je trouve des bons trucs. Là, si je cherchais, je ne
mettrais pas Aphex Twin parce que ce n'est pas bon, au lieu de
cela tu mets quelque chose de vraiment obscur comme
"Venetian Snares". Si quelqu'un pense qu’il sonne
vraiment comme "Venetian Snares" alors tu sais que
c’est intéressant. Je cherche aussi souvent à gabba, mais
malheureusement, il n’y en a pas tellement sur mp3.com.
300.000
exemplaires de "Windowlicker" ont été vendus. As tu
l'impression que la musique que tu fais, est devenue plus
acceptable maintenant par rapport à avant ?
Les gens s'habituent à entendre toutes ces merdes bizarres. De
plus en plus de gens écoutent de la techno. Maintenant,
l'inharmonieux est plutôt accepté. C'est formidable.
Ta
musique est très influente. Des musiciens reconnus ont dit être
influencés par tes disques, Radiohead notamment. As-tu écouté
un de leurs deux derniers albums "Kid A" ou
"Amnesiac" ?
Je ne les aime pas. J'ai peut-être écouté cinq ou six
morceaux et j’ai trouvé qu'ils étaient vraiment bancals.
Bancals ?
Oui, vraiment prévisibles et bancals. Je pense que si je
compare ça à la musique que j'aime, la comparaison est
terrible. Mais par rapport à tout ce R’n’B ennuyeux, ça
paraît correct. Par rapport à ces bandes de punk pour ados -
ou quel que soit le nom que vous leur donnez - qui se prennent
pour des vrais anarchistes, alors là Radiohead est formidable.
Si on est exposé exclusivement à de la musique de ce style et
que Radiohead arrive, on les prend alors sûrement pour des génies.
Ne
crois-tu pas que ce serait une bonne chose que seulement un pour
cent des gens qui achètent un album de Radiohead écoutent grâce
à ça les productions de Rephlex ?
Honnêtement, cela ne me générait pas particulièrement. Je
suis tout à fait content de la situation actuelle. J’aime que
de la musique de merde soit en circulation. J’aime que les
gens n'en soient pas informés de ce qui est à la marge. Si
trop de gens écoutaient ce que moi j'écoute, ça ne me
plairait pas du tout. J’aimerai être toujours considéré
comme différent. J’aime aimer des trucs que les autres
n’aiment pas. Si Merzbow était dans les charts, il ne me
plairait plus. Certaines personnes ne veulent pas faire comme
tous les autres. C'est tout à fait simple (Rires).
Y
a-il des sons que tu ne peux pas supporter ?
Les seuls que je n’aime pas entendre depuis longtemps sont les
hautes fréquences. J'ai quelques morceaux électroacoustiques
qui sont fait sur de très hautes fréquences et je trouve très
difficile de les écouter. Mais je n’ai encore jamais trouvé
fatigant d'écouter de la Techno.
Quand
tes premiers disques sortaient comme "Analogue
Bubblebath" il y a dix ans, on te prenait pour l'exemple
parfait du techno-maker "sans visage" qui disparaît
derrière son équipement. Maintenant, comme Moby et Keith Flint
de The Prodigy, ton visage est connu dans la musique électronique.
(Rires) Oui, mais pas n'importe comment. Je l'ai fait parce que,
dans la Techno, on ne devait pas être reconnu. Il y avait là
une sorte de loi disant qu'on ne pouvait pas imprimer son visage
sur la pochette. (...) Et j'ai imprimé mon visage sur une
couverture (la première fois sur le "I Care Because You
Do" l'album de 1995). Je l'ai fait de manière primitive.
Mais je me suis
peut-être laissé entraîné.
Crois-tu
que tu es souvent allé trop loin ?
(Rires) Non. Qui ça intéresse ? Moi, ça m'est égal. Je pense
que ça m’embêterait si les gens dans la rue me
reconnaissaient. Si ça arrivait, je penserais que je me suis
laissé entraîné.
As-tu
le sentiment qu'après "Come to Daddy" et
"Windowlicker" ton image de marque est devenue plus
forte que ta musique ?
Peut-être d'une certaine manière. Mais je suppose que les gens
qui me reconnaissent connaissent aussi ma musique. Si ce n’était
pas le cas, ça ne me plairait pas. Récemment, The Face voulait
faire un gros titre avec moi et j'ai dit : "Sûrement pas !".
J'ai pensais que je le ferai si on ne pouvait pas me reconnaître.
Mais finalement, ils n'ont pas voulu le faire de toutes façons
et j'étais assez content de ce revirement. L’excès peut être
défavorable.
Cette
fois, tu as préfèré ne pas mettre ton visage sur la
couverture du disque.
Oui, c’est intentionnel. Je n'ai pas non plus tourné de clip
et ce n'est pas ma faute si ils passent continuellement les mêmes
vieux clips sur MTV ou ailleurs. Je ne veux pas être imposé
aux gens comme d'autres personnes célèbres. Je ne veux pas me
retrouver à courir dans un magasin, où les gens se retournent
en disant : "Oh non, c’est l'autre con !".
"Windowlicker"
et ses images sont probablement la raison pour laquelle beaucoup
de gens vont acheter ton nouvel album.
C’est possible et ça m’énerve un peu. Mais d'autre part,
la majorité des gens ont commencé à aimer ma musique avec
"Windowlicker" ou "Come to Daddy". Mais ils
ont cherchés ce que j’avais fait avant. S'ils aiment écouter
"Windowlicker" seulement à cause du clip et du coté
commercial, ils détesteront le nouvel album. Je ne suis pas un
artiste commercial, cependant je peux l’être si je le veux.
Nous
en venons à parler des artistes commerciaux - Madonna ainsi que
Björk t'ont demandé de travailler avec elles ?
Oui. (rires) Oui, mais bien sûr ! Elles me veulent toutes !
Quelle
est la différence entre les deux ?
Björk est beaucoup plus intéressante. Des millions de fois
plus intéressante au niveau de la personnalité. Madonna est
assez normale, elle est simplement très célèbre, comme le
mannequin Sharon.
Elles
semblent avoir toutes les deux la même habitude de chercher des
artistes jeunes et prometteurs pour travailler avec elles.
Oui, c'est un peu pareil. Je ne peux pas le garantir parce que
je ne les connais pas aussi bien, mais je connais déjà Björk.
Je pense, elle le fait de… [il hésite] Björk est comme une
petite fille dans un magasin de bonbons. Elle fait : "Oooh,
j’aime ça et j’aime ça ! J’aime aussi ça et ça !".
Madonna est plus brutale. C’est plutôt : "Ceux-là sont
connus, je reste jeune et moderne si je travaille avec eux !".
Mais
Madonna était la première des deux. Par exemple, elle a aussi
travaillé d'abord avec Chris Cunningham.
Elle est assez ouverte, je suppose. En principe, je trouvais que
c’était une bonne idée de travailler sur ses morceaux. Je
voulais le faire mais je ne l’ai pas fait. Elle est simplement
trop célèbre. Si je faisais ça, tout le monde dirait :
"Ouais, tu es celui-ci avec qui elle a fait un
morceau". Ma propre carrière disparaîtrait.
N'aurait
pas été intéressant de faire quelque chose avec Madonna sous
tes conditions ? Par exemple, pour Rephlex ?
Je voulais, mais elle préférait que je fasse un morceau pour
son album ou un single, et ça ne m’intéressais pas. J'ai
pensé à faire un white-label sur Rephlex. J'ai même écrit un
morceau pour ça et j’avais toutes ces idées : le morceau était
bien barré acid et je voulais qu'elle fasse seulement des
bruits idiots, il ne devait pas y avoir de chant sur le morceau.
Seulement le grognement, le gémissement et des bruits de
cochon. Je voulais vraiment entendre comment Madonna imite un
cochon (rire). Ca lui plaisait. Elle l'aurait peut-être même
fait, mais elle s'est plus souciée de son prochain single. Pour
moi, ce n'était pas si important et je ne suis pas non plus sûr
que ce soit le cas pour elle. Elle pense probablement : "il
y en a encore d’autres !".
Quand
c'était ?
L'année
dernière. J'ai même beaucoup parlé avec elle. Je lui ai
raconté ma vie sexuelle. Je sais qu'elle trouvait Chris
(Cunningham) pas mal et qu’elle voulait se le faire mais il
n’était pas intéressé (rire). Je crois que ça l’a un peu
énervée de ne pas pouvoir l’avoir. Habituellement, elle se
tape qui elle veut. Elle est aussi venue à l'une de nos soirées
Rephlex à Londres. C’était très intimidant parce qu'elle
avait avec elle ses gardes du corps.
D'autres
popstars fréquentent vos fêtes ?
Kylie (Minogue) est aussi venue à Rephresh (la soirée de
Rephlex à Londres). Elle connaît Russell Haswell (DJ de Warp),
qui essayait de se la faire depuis des années. Elle arrive à
la soirée et tous mes amis essayent de sortir avec. Un des mes
potes, qui ne sort qu'avec des loques d'habitude, danse avec
elle et lui caresse les fesses. Elle était bien partie. Tout a
été filmé. Elle a aussi fait les lights pendant que je
mixais.
Pourquoi
n’as tu pas travaillé avec Björk ?
Björk voulait aussi travailler avec Tom (Jenkinson). Elle veut
travailler avec tout le monde. Elle a déjà utilisé Bogdan
(Raczynski). Il devait avoir un morceau sur son nouvel album et
mais ils ne l'ont pas utilisé. Ils étaient très occupés et
complètement speedés. Ils voulaient lui donner seulement dix
pour cent, je trouve que si on collabore avec quelqu'un on
devait toujours toucher cinquante pour cent. Ca ne me semble pas
très respectueux. Mais c’est quelque chose dont elle ne se
soucie pas. Elle a des gens qui s'en occupent au cas où ça
tourne mal. C’est un peu triste. Je pense qu’elle veut
travailler avec les gens qu'elle aime et que simultanément elle
a toujours la "chose top hype" en tête. De toutes façons,
les gens croient toujours que les trucs nouveaux sont aussi les
meilleurs.
Je
suis surpris que Björk veuille travailler avec toi. J'aurais
pensé que tu es déjà trop connu pour ça.
(rire) Oui, j'y ai
aussi pensé. Elle a aussi travaillé avec d'autres
"vieux", par exemple, avec ce quatuor de cordes. Mais
ils ne sont pas célèbres. Si je voulais vraiment travailler
avec elle, je pourrais le faire mais ce n'est pas non plus
tellement important pour moi. Si je travaille avec des chanteurs
ou des chanteuses, je travaillerais plutôt avec quelqu'un que
personne n’a déjà utilisé. Comme un chanteur d'opéra.
Ca
ne t’aurais pas plus intéressé de travailler avec Björk la
musicienne plutôt qu’avec seulement Björk la chanteuse ?
Oh oui. J’ai toujours pensé ça. Je lui ai dit : "Je ne
sais pas pourquoi tu travailles toujours avec tous ces gens, tu
devrais le faire par toi même". Et elle a essayé. Elle a
son portable et tout. Peut-être elle fait-elle ça pour quand
elle sera vraiment vieille et que tout le monde trouvera qu'elle
n'est plus jolie. Je crois qu’elle devait le faire. Parce
qu'un jours tous les petits technoïdes ne voudront plus
travailler avec elle et diront : "Björk ? Ah oui, tu as vu
cette vieille femme. Je ne travaille pas avec elle !".
Actuellement, elle peut appeler comme ça, parler un peu
islandais et ils sont près à répondre à toutes ses volontés...
Björk est complètement speedée. Si on négocie avec Björk,
elle dit : "OK, je t'envoie par fax les détails et tu
m'envoies ça...". Si je fais un morceau avec quelqu'un, je
dois m'être lié d'amitié avec lui ou elle. Je dois passer un
peu temps avec eux, ils doivent passer eux-même chez moi à la
maison, boire cinquante tasses de thé et fumer quelques joints.
On ne peut pas m'envoyer simplement un morceau. C'est froid
vraiment. Je crois qu’elle ne l'a pas du tout compris et
qu'elle a fait ça toute sa vie. Je crois qu’on a oublié
comment on construit des relations avec les gens.
Mais
tu as pourtant par le passé aussi travaillé avec des gens que
tu n'as pas rencontré.
Oui, mais seulement sur des remixes et seulement pour gagner de
l'argent. Ce n'est pas vraiment une collaboration.
Tu
as dit un jour que Tom Jenkinson et Luke Vibert étaient les
seules personnes avec qui tu aimais vraiment travailler.
Projettes-tu encore de collaborer avec eux ?
Avec Tom, c’est difficile parce qu'il est fou. Il disparaît
simplement. Je crois qu’il est parti en ce moment. Je n’ai
ai pas parlé avec lui depuis un mois. Nous n'avons donc pas
encore trouvé de nom pour notre label de disques. MEN est
seulement un code. Il vient juste d’annuler sa tournée en Amérique.
Son cerveau commute tout le temps. Il dit quelque chose et fait
autre chose. C’est un ami qui te pousse complètement à la démence,
il est tous les jours chez toi et tout d’un coup, tu ne vois
pas sa tête pendant trois mois et personne d’autre ne le
voit. Actuellement, je me fais des gros soucis pour lui parce
que je ne connais personne qui ait parlé avec lui ces derniers
temps.
Cependant
referez-vous de la musique ensemble ?
Oui, mais nous n'utilisons pas le même équipement. Nous
essayons de nous mettre au même programme parce que jusqu'à
maintenant il était impossible de faire les morceaux ensemble.
Mais au cours des six prochains mois, Tom et moi devrions faire
des morceaux ensemble par Internet (?).
Tu
sembles passer beaucoup de temps en ligne.
J'ai acheté au cours des 12 derniers mois environ 3000 CD, tous
en ligne. J'ai toutes les boites de ventes par correspondance
comme Amazon dans un organisateur d'e-mail. On me livre le CD,
je le met dans le portable, je copie deux morceaux de l'album et
je revend le CD (rires). J'ai contacté un magasin de disques et
quelqu'un vient simplement chercher les CD chez moi, je n’ai même
pas à les porter jusqu’au magasin.
Quels
sont les trois derniers CD tu as acheté ?
"Metal Machine Music" de Lou Reed, quelques CD de
Jungle et un Bootleg de Kraftwerk.
Tu
t'entends bien avec ton facteur ?
Ils me détestent. Ils me détestent vraiment ! Ils ne
sonnent jamais à ma porte, ils mettent seulement des avis de
passage dans la boite. J’ai toujours quelques paquets avec des
merdes qui arrivent, donc je dois aller continuellement au
bureau de poste pour les chercher.
Y
a-t-il de nouveaux artistes que tu voudrais recommander ?
Actuellement, mon artiste préféré est Ceephax Acid Crew.
C'est Andy Jenkinson, le frère de Tom. Ca déchire. C’est
comique, à chaque fois que les gens me demandent : "qui
donc va devenir la prochaine grande star de la musique électronique
?", je réponds toujours ça. Mais il fait seulement un
morceau tous les trois mois. Moi, je suis son plus grand fan et
je kiffe toujours à tous ses shows.
As-tu
fait des choses dans le passé qui sont sortis sous le nom
d'autres gens ?
J'ai fait d'autres morceaux pour des trucs commerciaux mais
personne n'est au courant de ça. Ah oui ! Je suis
Squarepusher aussi ! (rires)
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