|
Pour
ses héros si proches de nous
Auteur
: Laurence Debril
Source : www.lexpress.fr
Extrait
:
Avec Age sensible, nouvelle série
de daytime (pour les après-midi) en tournage
à Boulogne-Billancourt, France 2 tente aussi une opération
de valorisation - qui a toutes les chances de réussir.
Pour rajeunir son audience, elle s'est adjoint le
savoir-faire de Capa, honorable maison spécialisée
dans le reportage. L'enjeu: toucher un public
d'adolescents avec un sitcom intelligent (si, si...) qui
met en scène des étudiants de première année de fac.
Chronique douce-amère de leur quotidien dans une résidence
universitaire, Age sensible aborde avec légèreté
des questions de fond, comme celles de l'identité, de
l'intégration, du jeu social, du passage à l'âge
adulte et du handicap (l'un des héros est en fauteuil
roulant). Les Canadiens appellent cela une «dramédie»,
contraction de drame et de comédie. L'équipe met
actuellement en boîte 50 épisodes de 26 minutes.
Malgré des moyens réduits (la chaîne donne 38 1000 euros
par épisode, contre 50 300 euros pour Cap des Pins
il y a deux ans), cette série innovante et réaliste,
à l'écriture rigoureuse (sept auteurs travaillent aux
scénarios), s'annonce très réussie. «Je pense que la
fiction est tout autant un vecteur de connaissance,
d'ouverture au monde et aux autres que le reportage,
assure Hervé Chabalier, directeur général de Capa.
Elle peut aussi faire réfléchir et toucher un public
qui ne se dirige pas spontanément vers le documentaire.»
|
|
La vie, mode d'emploi
Auteur
: Cécile Deffontaines
Source
: www.nouvelobs.com
Du lundi au vendredi, à 17h35 - France 2 Série :
"age sensible". Produite par Capa, la nouvelle série de France 2 destinée aux ados se veut à mi-chemin entre la fiction et le reportage. Une approche originale et convaincante.
Avec un nom aussi ridicule, on pouvait s'attendre au pire. Pourtant,
"age sensible" n'a rien d'un remake d'"Hélène et les garçons". Il y est bien question d'une bande de sept étudiants à peine sortis du lycée, mais ni couvre-lits fleuris façon sitcom-TF1 ni rires en boîte: l'action se déroule en cité-U, avec étagères vernies et table en Formica, cuisine commune et WC sur le palier. Rien à voir non plus avec les élucubrations de Phoebe ou les angoisses matrimoniales de Monica dans "Friends". On ne rit ni ne larmoie devant
"age sensible": on se reconnaît. "Pour moi, c'est du reportage fictionné, confirme Hervé Chabalier, directeur de Capa Drama, filiale de l'agence qui produit la série. Nous avons tous une culture journalistique, que l'on ressent dans
"age sensible" […]. L'idée était de faire de l'access - la série est diffusée vers 17h30 - qui ne soit pas débile. Notre but est d'attirer les jeunes, de 14 à
20 ans, les amuser, les intéresser, en utilisant leur langage, avec des situations dans lesquelles ils se reconnaissent parce qu'ils les vivent ou qu'ils imaginent les vivre un jour." C'est la rentrée universitaire: Pierre, Thomas, Elodie, Fatia, Bertrand et bientôt Julie et Martial emménagent dans la résidence Nicolas-de- Caux. Ils ne suivent pas les mêmes études, n'ont pas les mêmes origines sociales, mais doivent apprendre à cohabiter. Il y a d'abord Pierre (Julien Duval, très convaincant), qui a perdu l'usage de ses jambes à
15 ans, et son petit frère, Thomas (Boris Vigneron). Le premier, mèche en bataille et ironie mordante, court-circuite la pitié des autres par l'autodérision. Le second, un peu gauche, vit dans le sillage du fauteuil de son aîné. Viennent ensuite Bertrand (François Comar), Géo Trouvetou orphelin de mère, drôle et serviable, dont on use et abuse, tout en l'aimant bien; Fatia (Linda Bouhenni), beurette grandie dans une cité, directe, indépendante et posée; Elodie (Caroline Mouton), la Pasionaria immature, rêvant d'être avocate ou juge pour enfants, comme toute étudiante en première année de droit; Julie (Alexandra Ansidei), petite bourge tombée là par hasard, enthousiaste et minaudeuse; et Martial (Guillaume Toucas), le rebelle à la séduction animale: la preuve, il a les cheveux mi-longs et une grosse moto. Les personnages pourraient être caricaturaux, entre la féministe en bleu de travail et la petite sortie de son lycée catho, mais la justesse des dialogues sauve
"age sensible" de cet écueil. "France 2 voulait qu'on montre des jeunes d'aujourd'hui, qui se disent "A nous la liberté!", résume Hervé Chabalier. Sauf que c'est aussi "A nous la responsabilité", et ce passage n'est pas si facile que ça. Il existe un mot, laid, qui traduit bien cette période: "l'adulescence"", cet âge des expérimentations, des premiers choix professionnels et sentimentaux, de digestion du passé familial. Avec, pour corollaire, le vertige, les doutes et les enthousiasmes que les personnages confient à une femme en noir et blanc (Claudine Ancelot), en cours, en conclusion de chaque histoire. Mi-mère mi-psy imaginaire, elle les titille et les amène à s'avouer leurs contradictions. Capa a dû s'adapter au cahier des charges très strict de France 2, à savoir respecter un budget serré
(250 000francs par épisode). En quinze jours d'audition, les directeurs de casting ont rencontré 400 apprentis comédiens, pour sept élus. Agés de 21 à 23 ans, certains n'avaient aucune expérience. Le travail en flux tendu -un des trois réalisateurs préparait son épisode, pendant que le deuxième tournait et le troisième montait- a permis de produire quatre épisodes de 26 minutes par semaine, de décembre à avril. L'aile désaffectée d'une maison de retraite de Boulogne a été aménagée en cité-U, sous le regard amusé des personnes âgées résidentes; 50
épisodes sont déjà en boîte, le tournage des 25 suivants, en cours d'écriture, dépendra du succès de la série. "La suite sera plus ouverte. On va confronter ces mômes qui grandissent au monde des adultes: leurs parents, éventuellement les profs, la vie politique, l'humanitaire, poursuit le producteur. Ils vont mûrir, mais pas dans l'imbécillité. Nous devrions remplir notre rôle
: faire des fictions qui permettent aux gens de s'amuser, et de réfléchir."
|